Se sortir de la dépendance affective par la pleine conscience

Nous naissons tous dépendants

De nombreuses personnes se questionnent à savoir si elles sont dépendantes sur le plan affectif. Nous sommes tous dépendants : l’être humain à besoin d’air et d’eau pour survivre.La satisfaction de nos besoins, que ceux-ci soient aussi bien physiologiques que psychiques ou affectifs, dépend de la relation d’attachement primaire à la mère ou à son substitut.

Puis vient le temps des premières interactions au cours desquelles l’enfant devient de plus en plus autonome, passe progressivement d’une phase de fusion à une étape d’individualisation, et, par la suite, va vivre ses propres expériences, suivre ses stades de développement entre autre affectif de façon bien singulière en passant par différentes phases de détachement, de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte.

Nous continuons de cultiver des besoins affectifs tout au long de notre vie, ceux-ci peuvent varier selon les périodes de notre parcours, mais aussi d’un individu à un autre ou en fonction des personnes significatives avec lesquelles nous entretenons un contact direct.

Virginie Megglé, psychanalyste et auteur (Les séparations douloureuses, Guérir de nos dépendances affectives Ed. Eyrolles 2015) reconnait que: “Nous avons tous besoin d’amour, comme nous avons besoin d’eau, de nourriture ou de soleil pour vivre… La dépendance n’est pas symptomatique. Le problème, c’est quand elle devient source de souffrance, de sentiment d’abandon, de ne pas être reconnu, de ne pas être aimé.

Être en relation avec l’autre, à l’autre implique en effet la réactivation de certains schémas d’attachement bien particulier, voir de dépendance au niveau affectif.

À quel moment le besoin « normal » d’aimer et d’être aimé devient problématique?

Peur de perdre l’amour de l’autre, attente de preuve, manque d’estime de soi, manque de confiance en l’autre, besoin irrépressible de plaire, obsession et impression d’aimer l’autre démesurément, prendre un rôle de sauveur, incapacité d’être heureux seul, renier son identité, peur ou sentiment d’abandon, intolérance à la séparation, besoin de fusion, angoisse d’abandon pouvant aller jusqu’ à l’aliénation de soi et de l’autre au quotidien, autant de symptômes sous-tendant un tableau clinique de dépendance affective.

L’amour se confond avec la dépendance, motivée par la peur et le besoin de l’autre comme objet et non comme personne à part entière.

La dépendance affective « pathologique » se dessine à travers des besoins affectifs urgents, intenses, vitaux, nécessaire au bien être et dont le manque à combler par l’autre fait naitre un effet néfaste, voir destructeur sur la santé psychique mais dans certains cas aussi physique.

Toute dépendance est l’expression d’un manque. Le sentiment de manque de l’autre est dans les faits un manque de soi que l’on cherche à combler par l’extérieur en surinvestissant l’autre : il devient indispensable, un besoin vital, une drogue pour compenser ce manque initial.

Selon Eckhart Tolle, auteur (Le pouvoir du moment présent Ed. Ariane 2008), « Toute dépendance naît dun refus inconscient à faire face à sa propre souffrance et à la vivre ».

À long terme, il parait illusoire de se satisfaire de l’autre pour combler son propre vide, sa propre souffrance. L’autre, en tant que cause de bonheur, devient rapidement source de souffrances.

En effet, l’euphorie du début et le sentiment de complétude est éphémère, laissant place au manque et aux douleurs psychiques, voir physiques.

Mettre fin à sa dépendance affective est possible

Enfant, nous dépendons de l’autre pour toutes sortes de besoins primaires et secondaires mais une fois devenus adulte, nous avons à notre portée ou pouvons développer des ressources intérieures permettant de cibler, nommer et satisfaire ses propres besoins affectifs.

La pleine conscience permet tout d’abord une présence à soi-même en pratiquant l’auto-observation pour accueillir et rendre conscient ce que nous cherchons à tout prix à éviter ou fuir.

Par l’identification consciente de ses émotions, même les plus désagréables, nous pouvons nous familiariser avec notre ressenti intérieur et en ce sens mettre plus de conscience sur nous même, et non sur l’autre.

Il est alors plus aisé de prendre conscience de l’origine de cette dépendance, d’ou elle s’inscrit, l’influence du passé sentimental, le défaut de confiance en soi ou encore la distorsion de l’image de soi en écoutant son enfant intérieur et en reconnaissant la blessure affective originelle.

L ‘objectif est alors de trouver ce qui nous rend dépendant en s’interrogeant sur les raisons profondes tout en apprivoisant ce vide en nous.

Vient ensuite une phase d’acceptation de ces mêmes émotions (anxiété, peur, tristesse) et de son ressenti intérieur. Être présent à soi et s’accepter avec bienveillance est un apprentissage possible grâce aux outils de la pleine conscience, de l’acceptation et de l’engagement.

La prise de conscience se fait aussi sur les cognitions, les pensées automatiques, les attentes et les croyances qui accompagnent ces ressentis tels la reconnaissance de ces petites voix intérieures qui raisonnent : « Sans l’autre, je ne suis rien, on ne m’aime pas» ce qui permet aussi par là même de reconnaitre le décalage entre les attentes affectives souvent irréalistes (« je voudrais que l’autre soit présent tout le temps » ou encore « si il m’aime, il devrait être là tout le temps ») et les possibilités de satisfactions.

En observant ce qui se passe en nous dans le moment, notamment durant l’absence, nous pouvons repérer les habitudes de pilote automatique, les réflexes conditionnés, les distorsions cognitives, puis les modifier.

Ce faisant, il est possible d’établir des constructions de nouvelles représentations de soi, de l’autre, de la relation.

Il est alors permis de prendre conscience de ses propres envies, de ses désirs, de ses besoins personnels et de se donner à soi même ce que l’on recherche que l’autre nous donne.

C’est  la phase de l’apprentissage de l’amour et de l’affirmation de soi permettant de sortir de la dépendance à l’autre.

Ces différentes phases sont travaillées en thérapie à l’aide de la pleine conscience donnant l’opportunité de regarder en soi-même plutôt qu’à l’extérieur, de cultiver une attitude d’observation-acceptation plutôt que de fuite et ainsi trouver ou retrouver un équilibre interne.

Jessica Mincher

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