La crise du couple

La “crise” de couple

Évoquer en ces termes la “crise” de couple réfère d’emblée au concept d’adolescence en crise, appréhendée comme étape de développement “normale” transitoire, durant laquelle des besoins criants d’indépendance, de recherche de soi et d’affirmation surgissent impliquant parfois déséquilibres, incertitudes et changements.

Dans cette société individualiste de consommation grandissante au sein de laquelle les choix et possibilités sont de plus en plus accessibles, la conception du couple s’est considérément remodelée au cours des dernières générations, varie d’une culture à une autre, n’a pas la même signification d’un individu à l’autre, d’un genre à l’autre ce qui peut engendrer doutes, peurs, conflits, incompréhensions d’un bord, de l’autre ou au sein même de la rencontre de deux êtres dans la construction et la définition de leur couple.

Alors si « les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus », comment peuvent-ils s’entendre (communication), se comprendre (émotions) , s’associer (partager leurs affects) tout en préservant leur individualité sur cette planète Terre en constante réaménagement des rôles, des valeurs et de ce à quoi « doit » ressembler un couple?
Différents scénarios plus ou moins complexes sont possibles : couples hétérosexuels, homosexuels ou bisexuels; passionnels, fusionnels, complices, fraternels, libertins; chacun se construit selon des schémas, modèles, expériences personnelles, relationnelles passées, familiales ou sociétales.
Les modalités de fidélité, d’intimité, les degrés d’attachement, de dépendance ou d’indépendance viennent aussi donner ses propres couleurs au couple en question.
Car si définir son couple au regard ou non d’un modèle conformiste peut déjà s’avérer en soi problématique, il n’en est pas moins que de le bâtir selon les désirs et aspirations personnels de chaque partie à faire concorder au sein d’une vision commune n’est pas sans heurts…
Et lorsque les besoins de l’un ne coïncident pas à ceux de l’autre, ou que le compromis est difficile à trouver, s’en suit alors un risque pour le couple et pour chacun de ses protagonistes.
De l’amour de soi-même (ou le manque d’estime) à la découverte de l’autre, la naissance de la rencontre amoureuse, en passant par l’amour de l’autre à la relation de couple, les sentiments suivront différents mouvements influant sur les cycles de la relation et pouvant s’inscrire dans des dynamiques ambigües, contradictoires, voir ambivalentes.
Car en effet, le concept de couple et d’être en relation n’est pas un processus statique mais bien en constante mouvance au rythme de phases à identifier : fusion, différenciation, lutte de pouvoir, partage du pouvoir, ouverture, rapprochement, engagement, crises transitoires ou irréversibles.
De la fusion symbiotique ou passionnelle initiale, se succède un processus selon lequel chaque protagoniste, à son propre rythme « descend de son nuage » ou vient rompre avec cette illusion fantasmée de perfection pour se confronter à la réalité.
C’est l’étape de la reconnaissance des différences interindividuelles, de l’affirmation de soi au sein du couple pouvant déboucher sur des luttes de pouvoirs inévitables, des incompréhensions menant soit à une situation de crise insurmontable pouvant poser alors l’hypothèse de la séparation ou, au contraire, venir solidifier les deux partenaires.
Les deux parties acceptent alors de part et d’autre un certain partage de pouvoir et s’engagent ensemble tout en trouvant leur place en tant qu’individu au sein de la relation en redéfinissant leur identité parfois différente et contradictoire aux yeux de l’autre mais avec ouverture quant aux besoins de chacun.
Par la suite, d’autres crises seront à traverser au regard des exigences d’un quotidien à redéfinir en fonction des évènements de vie changeants: cohabitation, projets d’enfants, d’union, changement d’emploi, mouvance du désir, retraite, etc.
Alors comment vivre son couple dans la durée? Il n’y a pas d’amour sans émotions, tout comme il n’y a pas de couple sans incompréhension.
Tout couple peut passer par des crises plus ou moins importantes, plus ou moins nocives voir toxiques pour le couple, la cellule familiale ou les individus le composant!

De la même manière que le concept de crise a été normalisé pour décrire le processus nécessaire par lequel l’adolescent passe et qui contribue à sa maturation et à son évolution; reconnaitre, identifier et travailler en profondeur sur soi afin de se repositionner dans la relation peut être salvateur pour son couple.

Déception, regrets, chagrin, souffrance, culpabilité, jalousie, doutes, peur d’aimer ou de perdre l’être aimé, blocages, sexualité problématique, communication défaillante : dits ou non-dits, deuil du couple idéal ou idéalisé; une démarche thérapeutique s’avère nécessaire afin de travailler efficacement à partir de ces différentes dynamiques.

Jessica Mincher

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